|
L’aventure était donc lancée ! Très vite, le Centre Honda et Motorush se sont joints à nous, ainsi que Pichard Racing peu après. Nous pouvions compter sur le soutien sans faille de la famille Bezon et de MotoMarketing. Dès le début, il y a eu quelque chose de peu commun : les aides arrivaient moins difficilement que d’habitude ! C’est à ce moment que j’ai commencé à réaliser que le projet TT était un projet qui sortait de la norme.
Après tout cela, tout s’est enchaîné très vite : Repas de soutien, t-shirt, casquettes, autocollants, fan club, réunions diverses, préparation de la moto, Lédenon et Monza ainsi que le minimum syndical d’entraînement physique et surtout une grosse dose de révision de la piste en DVD. L’apprentissage de la piste était finalement de loin le plus dur et le plus long. Pensez à 60 km de route, 18 minutes au tour, environ 270 virages, des villages, des forêts et de la montagne, vous mélangez tout ça et vous obtenez la plus belle piste du monde. Heureusement, pour toutes les autres tâches, beaucoup de gens travaillaient dans l’ombre jour et nuit !
A peine le temps de respirer qu’il était déjà l’heure de partir pour cet exceptionnel voyage. Johan était fidèle au poste, Elia allait se joindre pour l’intendance et à la dernière minute, Sandro se joignait à nous. Heureusement, une telle aventure sans notre « papa » à Johan et moi n’aurait pas eu le même goût. Une fois la manche traversée, Neil dit « Geezer » montait dans le camping-car, nous étions au complet.
Nous arrivions enfin sur l’île. 6 mois que je pensais qu’à ça, enfin ! Il faut dire qu’après tous les petits soucis que nous avons vécus, le simple fait d’arriver sur place était une première victoire ! La présence d’un anglais a été soulageante pour moi, puisque Geezer connaissait la course et l’organisation, c’est toujours bien d’avoir quelqu’un sur qui s’appuyer quand on débarque en milieu inconnu. Comme pour se moquer un peu de nous, à peine commencions-nous l’installation de la tente que la pluie arrivait. Un jour et demi de voyage, la fatigue, le froid et la grosse pluie ! Bienvenue sur l’île de Man ! Heureusement, comme le veut la tradition chez nous, le premier soir, ce fut fondue et bon vin rouge !
Le lendemain, la préparation finale de la moto et la préparation pour les premiers essais avançaient à grands pas, et moi, je courais dans tous les sens avec Elia pour trouver les dernières choses qui nous manquaient. J’ai pu ensuite monter dans une Porsche de l’organisation avec Milky et deux autres newscomers pour une dernière explication de courbes, bosses, trous et sauts. Nous étions 3 newcomers dans cette Porsche, dont Martin Loicht qui était un espèce de savant-fou de la moto. Il avait déjà participé au TT il y a plus de 10 ans et il était donc considéré comme newcomer. Pour le peu que j’ai pu parler avec lui, je peux dire que Martin était un homme sympa, un peu farfelu mais très gentil, et visiblement très épris de la piste. Malheureusement, Martin fait désormais partie des 229 hommes qui ont donné leurs vies au TT, perdant la sienne pendant la 2ème course Supersport de la semaine.
Enfin il était temps de partir en piste ! Mais c’est vrai que sur le moment, nous n’avions pas forcément envie d’y aller. Brouillard, froid, pluie, vent. A quelques heures des essais, on apprend que les essais du soir sont annulés pour cause de mauvais temps, mais que le tour contrôlé pour les newcomers aura lieu ! Par sécurité, je demande à mes braves mécanos de mettre un pneu pluie à l’avant, juste histoire d’être un peu plus sûr de ne pas finir dans la brousse notre « tour de chauffe ».
La cérémonie allait commencer ! Quoi de mieux que de la pluie et du brouillard pour faire ses débuts sur la piste la plus rapide et la plus dangereuse au monde ? Mais bon, ce genre d’ironie m’a suivi depuis mes débuts, donc finalement, ça me faisait plus sourire que grimacer. Nous partions en groupe de 4-5 pilotes derrière un pilote expérimenté qui devait nous faire faire notre première boucle de 60km, enfin ! Comme « Marshall », j’ai pensé que me mettre derrière le fameux Milky serait le meilleur moyen d’apprendre pour moi, et je n’ai pas été déçu ! Nous étions 4 avec lui, et c’était parti.
Enfin la route nous était dégagée. Nous roulions sur la piste, non plus la route, mais bien la piste. Milky est parti devant, nous emmenant derrière lui comme une traînée de bambins qui suivent leurs parents. Lui prenait le temps de regarder le compteur, dire bonjour aux nombreux spectateurs amassés le long de la piste, et nous, nous essayions simplement de suivre le rythme. Dans la première descente de Bray Hill, alors que nous étions à peine lancé, nous étions déjà à plus de 200km/h dans la ville, sur une route mouillée. Le sentiment de peur était largement effacé par la fascination et l’excitation, j’essayais de rouler tranquillement sans faire de mouvement brusque. J’étais très à l’aise lors de la première partie, 2 des autres pilotes moins, nous les avons donc dépassés et nous nous sommes retrouvés à 2 derrière Milky. Contrôlant le rythme dans les rétroviseurs, il ajustait sa vitesse juste le temps que les autres prennent confiance. Quand il a vu qu’ils n’étaient pas dans le coup, il a compris qu’ils ne connaissaient tout simplement pas assez la piste, il a donc accéléré et nous les avons largués dans la campagne, ils n’avaient qu’à faire leur devoirs ! Après à peine 8 minutes, nous n’étions plus que deux derrière notre maître, et il a donc haussé un peu le rythme pour que nous puissions profiter de son expérience. Tout allait bien, je roulais cool, freinant juste un peu plus tard lorsque je devais rattraper quelques mètres. Ballaugh Bridge, premier saut sur une CBR 1000, super drôle !
Arrivés sur la ligne droite de Sulby, Milky se couche sous la bulle et met à fond, nous l’imitons. Mais la ligne droite est longue, entre deux villages, à travers une forêt, comme un tunnel naturel qui relie deux endroits, mais surtout, un tunnel rapide. Et nous voilà donc dans un forêt sombre, sur une route mouillée, à plus de 250 km/h, sans vraiment voir où on allait puisque les gerbes d’eau soulevée par la moto du guide nous aveuglaient. Heureusement, Milky prenait une belle marge pour le début du freinage, sauf que le début du freinage se faire légèrement en courbe, à l’entrée d’un village entre les murs, et que le prochain virage est le passage sur un petit pont à 40 km/h, et voilà la première petite frayeur de la quinzaine. Le guidon à 5 cm du mur extérieur sur le pont, limite j’étais aussi la première chute de la quinzaine !
Après Sulby, la partie bosselée jusqu’à Ramsey, et quand on dit bosselé, c’est juste le prénom de l’arrière grand-mère. Une belle route entre villages et forêt, rapide, mais défoncée ! Avec la moto réglée en mode circuit normal, c’était spécial. Moi qui n’ai pas pu faire de cross depuis que j’ai du revendre ma moto, j’étais très heureux de pouvoir en retrouver les sensations. En gros, dans le tour, ils ont inclus 15 km de cross, mais sur une route et à 250 entre les arbres, difficile de mieux décrire la sensation ! Après Ramsey, nous attaquons la montagne, le sourire aux lèvres. Enfin la montagne… encore fallait-il la voir, car le brouillard est venu jouer avec nous lui aussi. Forcément, sinon on aurait pu prendre des points de repère et tout aurait été trop « facile ». C’est ici que j’ai vécu un des moments les plus magiques du TT ! Milky menait encore le bal, et j’étais juste derrière lui, car l’autre pilote peinait un peu en début de montagne. Là, le brouillard devenait un mur blanc, je pouvais encore distinguer celui qui était devant moi juste parce qu’il avait une moto d’origine et que le phare était allumé. Dans la partie rapide, j’ai perdu tous mes points de repère car je ne voyais rien, Milky avait ralenti un peu, mais pas totalement. J’ai donc songé à le laisser s’échapper et puis je me suis dit non. Je le connaissais assez bien pour savoir qu’il ne ferait pas courir de risque stupide à ses poulains, je lui ai donc fait confiance, et j’ai continué à accélérer dans les parties rapides sans rien voir, juste en me repérant à sa lumière.
C’est ainsi que je me retrouvais en 5ème vitesse, sans rien voir devant moi. 5ème vitesse sur ma moto, c’est aussi plus de 200 km/h ! Après un petit calcul, j’ai eu peur, mais finalement j’ai adoré ce moment. Nous avions peut-être trouvé l’origine de l’expression « Avoir une confiance aveugle en quelqu’un ». Finalement, les bateaux font la même chose pour trouver le port, ils suivent la lumière rouge dans la brume, alors, pourquoi pas nous ?
La fin du tour n’allait être que pur bonheur. J’étais heureux, tout simplement heureux, mais congelé. Au retour, il était un peu difficile d’expliquer tout ça à l’équipe. Il n’y a pas de mots pour décrire un tour là-bas. Et finalement, quand on raconte aux gens ce qu’on fait sur cette piste, ils ne le croient souvent pas, alors autant garder le plaisir pour soi ;) |